Alice au Pays des Merveilles" / "De l'autre côté du miroir"...
...me faisait peur, étant gosse : je n'avais pourtant vu que quel- ques extraits de ce célèbre film de Disney à la TV et avais été fortement impressionnée : un rythme tourbillonnant, des buveurs de thé fous, tant de difficultés à ouvrir une simple porte... Et puis, cette histoire de reine, qui ordonne : " Coupez-lui la tête!". J'étais terrorisée par la cruauté impla- cable de cette horrible bonne femme, par l'absurdité de l'obéissance servile des cartes à jouer, par leur manque de sollicitude envers le flamant rose. Ma sensation était celle d'une injustice aveugle. Et, sans cesse, cette impression lancinante d'urgence et d'insaisissable : un lapin stressé, qu'il faut rattraper à tout prix, sans qu'on sache réellement pourquoi. J'ai ressenti le vertige profond, fascinant et indescriptible face à l'immensément grand et à l'infiniment petit (et appris sans surprise, par la suite, que Lewis Carroll était mathématicien), la chute d'Alice dans ce puits sans fond, et sa grande solitude aussi, tout au long de l'histoire...
Ces images m'avaient profondément marquées et je répu- gnais à les revoir. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, j'ai acheté le livre. Je me suis obligée à le faire, poussée par le souhait de comprendre ce qui m'avait fait si peur. Et, vous savez quoi? J'ai eu du mal à le lire! Cette histoire me met toujours aussi mal à l'aise. A mes yeux, Stephen King est "un petit joueur" à côté de Carroll!
Bien entendu, j'ai tenté de comprendre cette réaction épidermique qui surgissait à nouveau: une immense sen- sation de malaise, face à un livre pour enfants! Avec le recul, je crois avoir compris une chose: cette histoire était, déjà à l'époque, bien trop réaliste pour moi.
On y retrouve une reine implacable, carricature de la puissance suprême: celle des parents, des maîtres et de la hiérarchie en général. Le sentiment d'impuissance face à l'injustice de certains jugements sans appel, face à des décisions ressenties comme étant infondées et absurdes. Celle de l'injustice sociale aussi: qui se retrouve au mauvais endroit, au mauvais moment, doit courir. Il doit courir beaucoup et vite, sans jamais pouvoir reprendre haleine. Mais Alice rattrapera t-elle cette bestiole au yeux roses (injectés de sang), toujours rivés sur sa montre pour lui rappeler qu'"il est déjà trop tard" ? Atteindra t-elle ce lièvre prometteur, qui n'a de cesse que de lui filer entre les doigts? Au vu des extraits du dessin animé, j'avais déjà de sérieux doutes...
Mais on voulait me faire croire que OUI: en travaillant dur, on réussissait! A l'époque, je devais déjà me dire que le "Pays des Merveilles", c'était ici: on était en train de me raconter n'importe quoi! Je voyais mes parents trimer, sans que rien de vraiment formidable ne sorte jamais du chapeau du magicien... Et pourtant, je n'y couperais pas: j'allais devoir me jeter corps et âme à la recherche de ce putain de lapin blanc. Sans jamais baisser les bras, sans jamais relâcher cette cadence endiablée, sans jamais montrer ma fatigue... La règle, quand on se tient derrière le miroir, se résume en quelques mots: obéissance, efforts, persévérance et résistance au stress. "Autonomie" signifie que personne ne viendra t'aider. Et "sens de l'initiative", c'est juste pour tester ton sens de l'humour, parce de l'humour, il faut en avoir. Ben oui, faut rigoler, quoi! Au Pays des Merveilles, il serait incongru et extrèmement mal vu de faire grise mine!!! Le problème est juste de savoir si ,au bout du compte, on se retrouve avec un lapin blanc ou une vieille peau de lagomorphe...
Je voyais mon père s'entêter à défendre les autres, les plus faibles, les plus malades, les plus démunis. Avec quel résultat?... L'entourage de la reine ne peut mieux refléter la servilité et l'hypocrisie d'une masse impressionnante, capable de se mettre en petit tas, puis de se déployer et d'occuper tout l'espace, juste sur commande, pour être "bien vu", pour monter en grade ou dans l'estime d'autrui. Ou tout simple- ment par peur de se faire couper la tête. Une docile, mais non moins redoutable armée de cartes à jouer...
Et, pour couronner le tout, il y avait la cruauté des hommes envers la nature et les animaux. Et là, gamine, on touchait vraiment à ma corde la plus sensible.
Bref, j'avais peur d'être propulsée dans un monde absurde et cruel, de devoir courir vers des buts inaccessibles, de tomber dans des puits sans fond, de vivre sous la coupe d'aiguilles de montre et de chiffre d'affaire, de rencontrer des chats enragés, capables de disparaitre ou de changer de couleur sans arrêt, de devoir prendre le thé avec des individus n'écoutant qu'eux-mêmes et m'offrant une tasse vide, de voir des humains capables de peindre des roses blanches en rouge et de transformer des flamants roses en club de golf...
Et, aujourd'hui, si je n'aime toujours pas ce livre, c'est parce que j'ai bien peur d'avoir eu raison...
Alors, je te remets la petite phrase de Lewis Carroll qui tournait en boucle, il y a quelques mois, devant mes yeux :"Finalement, j'ai rencontré une brouette, et j'ai pensé qu'elle me prêterait une oreille attentive ..." (Lettres à des enfants). Je te mettrai quelques illustrations de "mon" Alice sur le blog. Elles sont, je trouve, un peu terrifiantes.
bonsoir gum , j'ai voulu te mettre un commentaire assez long , mais il ne passe pas .... j'essaie encore<br />
bonsoir Gum que répondre à cette démonstration ? je me creuse la tête , car aprés tout je ne connais pas beaucoup de contes pour enfants , qui ne soient pas cruels d'une façon ou d'une autre.... dans ce cas ci tu y vois autre chose encore ... que cette histoire ne te plaise pas depuis l'enfance , je peux le comprendre, nous avons tous sans doute des trucs qui nous ont marqué de façon désagréable qans notre enfance , et que nous tentons de comprendre à l'âge adulte ....... comme cette histoire me plait toujours autant , je ne peux rien de dire de plus .... Gum !!!! si tu espérais me faire renoncer à ma collection d'Alice , c'est raté , j'adore les illustrations également,, chaque édition ayant un illustrateur différent , ça me plait aussi de voir comment chaque personne traduit le texte en images.... maintenant que Lewis caroll ait voulu faire passer autre chose dans cette histoire , c'est possible .... Il a aussi été critiqué pour d'autres raisons ..... tu ne tireras rien de plus de moi à ce sujet Gum !<br />
Bravo pour ton blog ! , au train où tu le remplis , tu vas bientôt être comme moi , à l'étroit !!! j'essaie d'aller ailleurs mettre mes photos , mais je n'y parviens pas , c'est bizarre , ça m'étonne ,moi qui suis si douée en informatique . :-(... .... bon ...., j'attends d'avoir qq 'un pour m'aider , mon fils arrive la semaine prochaine , je vais le mettre à contribution ! <br />
je t'embrasse bonne soirée Mary