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6 février 2007 2 06 /02 /février /2007 10:35
LA TROP BONNE BLAGUE
(ou la voleuse volée...)


C'était à l'époque des Jeux Olympiques. Et oui, quand j'avais 18 ans, les Jeux Olympiques existaient déjà... Certains dirons: "Un évènement toujours inégalable et un suspens télévisé à ne pas rater!" Mais, allez savoir pourquoi, j'avais, déjà à cet âge, un nombre impressionnant d'intérêts plus prioritaires. L'un d'eux était, par exemple, de vivre des aventures inattendues. Et puis de rire, de danser, d'organiser des surprises et... de faire des blagues...

Je venais juste d'avoir l'idée saugrenue de partir à la découverte du monde.  Mes parents, incrédules devant une telle décision, se consolaient en admirant mon diplôme tout neuf. Malgré leur réticence,  je partais donc m'installer à  l'étranger. Oooh, pas très loin: il fallait juste deux bons jours de voiture. Et pourtant, ce nouveau monde était réellement le "Grand inconnu": les gens parlaient un autre langage, mangeaient et s'habillaient différemment et écoutaient des musiques que je ne connaissais pas. Mais ce qui était pareil que chez moi, c'était que beaucoup d'entre eux suivaient l'évolution des Jeux Olympiques

Parmi eux, notre voisin.  Je dis "notre", parceque, n'étant pas bien différente de vous à 18 ans, l'amour prenait déjà une part importante dans ma vie. Ce qui fait que j'avais un petit copain et que nous vivions ensemble. Je le trouvais beau, avec ses  yeux bleus et des cheveux blonds, qui lui tombaient en cascade bouclée sur les épaules... L'image même du prince charmant! Enfin... tel que pas mal d'adoscentes imaginent qu'il doit être...

Euh...Mais revenons plutôt à notre voisin. Je disais donc qu'il suivait les rebondissements de ce thriller sportif avec la plus grande assiduité et que nous n'en manquions pas une miette, le mur de notre studio n'étant pas aussi performant que les athlètes dont il était question chaque soir, à des heures régulières et tapageuses.

Pour augmenter encore le taux d'adrénaline des téléspectateurs, la chaîne sportive avait eu une idée assez peu originale, mais toujours efficace: elle organisait un concours de devinette.  Les participants à la course à l'audimat partageaient ce qui se transforma vite en l'un des évènements majeurs des J.O.  Ils étaient RA-VIS!  Affalés sur leur canapé, un (ou deux) pack(s) de bière à portée de main, on leur donnait enfin la chance de jouer un rôle actif dans cette histoire!

A l'image de notre ventru voisin, nombreux étaient ceux qui relevaient fièvreusement des indices.  La saga sportive récompenserait les plus appliqués, les plus fidèles, ceux qui seraient donc capables de résoudre le grand mystère... Et la clef de ce mystère restait invariablement suspendue dans un tonnelet, lui-même suspendu au cou de la mascotte de l'émission, un gigantesque et ô combien jovial chien de St Bernard (vous l'aurez deviné, nous vivions au rythme des J.O. d'hiver).

Ce concours eu un succès impressionnant: plus personne n'était censé ignorer ce qui se passait sur les cîmes, et certainement pas qu'un gros toutou y transportait la promesse d'un formidable
cadeau... Mais, au fait, c'était quoi, ce cadeau???
... Et qu'y avait t-il dans ce mystérieux tonneau?

C'est justement ce qu'il fallait deviner et les suppositions allaient bon train. Au rythme des visites que recevait notre voisin et de celles qu'il nous rendait (ce joyeux luron un tantinet alcoolique avait le coeur aussi gros que la bestiole montagnarde et poilue qui le fascinait et venait régulièrement nous rendre visite), nous partagions, tantôt en direct, tantôt par cloison interposée, mais toujours malgré nous, l'imagination débordante des fans de sport et surtout des fans de concours de notre ville.

Et c'est ainsi que germa une idée...




Ce qu'il vous faut tout d'abord savoir, c'est que notre voisin  vivait régulièrement un terrible cauchemard....
 Ses parents étaient non seulement aussi fans de sport et de concours de J.O. que lui, mais avaient aussi coutume de partir régulièrement en vacances. Le couple prenait alors la route de l'Espagne,  cette destination leur permettant de savourer les joies du camping en toute quiétude tumultueuse - Ensoleillement et sangria inclus -
Ils partaient à deux, mais ils à vivaient à trois. Et celui qui ne profitait pas de l'escapade espagnole changeait pour l'occasion de domicile. En l'occurence, il venait s'installer chez notre voisin. Et chaque fois, la vie de celui-ci tournait au drâme...

La tintement nerveux de la sonnette, accompagné d'un tambourinement effréné contre la porte était reconnaissables entre mille: notre voisin était en détresse
(ou alors, c'est qu'il était très content ou très imbibé, ce qui revenait souvent au même...).
Lorsque ses parents étaient en vacances, l'alarme sonnait régulièrement à notre porte, celle-ci  précédée, en général, de furieux bruits de cavalcade et de cris apeurés ou furieux dans l'appartement d'à côté: l'abominable squatter était revenu...




LE CHAT DE SES PARENTS...

... était d'une taille impressionnante.

Proportionnellement harmonisées au diamètre de son ventre,
cet énorme matou disposait de 10 redoutables griffes, toujours
prêtes à jeter leur dévolu dans la chair rose de notre malheureux
voisin. D'après ce que nous entendions à travers le mur et les
témoignages de la victime, les armes automatiques de la bête
transperçaient pulls, chaussons et jeans sans aucun effort...

Ce chat et moi nous sommes rencontrés à plusieurs reprises et,
très franchement, hormis sa taille et sa tendance à envahir tout
l'espace qui était à sa portée, je n'ai jamais remarqué quoique ce
soit d'anormal. Et pourtant, à quelques mètres de moi se jouaient
incontestablement des scènes pires que dans l"Exorciste".

Je ne saurai jamais qui avait commencé à ne pas aimer l'autre.
Toujours est-il que la guerre était ouverte entre les faux-frères
et que l'être humain des deux avait tiré la courte-paille...

Bref, notre voisin avait une trouille bleue des animaux.

De là à avoir envie de lui faire croire qu'il avait gagné le cadeau de la chaîne sportive : un chien (un St Bernard,bien entendu), il
n'y avait qu'un tout petit pas à franchir. J'ai donc attendu le
jour où notre voisin enverrait son bulletin de participation.
Seulement, il n'avait aucune idée de ce que la mascotte trimballait
dans son petit tonneau.



LES MEDAILLES !...

Ben oui, que voulez-vous que ce soit d'autre? C'est, en tout cas
ce que j'ai dit à mon voisin dans un sourire triomphant.

Et son bulletin fut promptement expédié.

Comme vous le savez, les Jeux Olympiques sont diffusés au
moment même où ils se déroulent. Ce qui sous-entend que bon
nombre de travailleurs doivent se contenter des rediffusions
En revanche, moi qui travaillais à cette époque en horaires
décalés,  j'avais le "privilège" du direct.
En dehors de me lever à l'aube pour chasser les taupes dans le
jardin d'une vedette du show-biz (nous avions une entreprise de
paysagiste), je collectionnais aussi des timbres.

Chaque collectionneur sait qu'une telle activité vous amène à
rencontrer un tas de gens différents. C'est donc ainsi que je
venait de faire la connaissance d'une relation éloignée de mon
voisin, par hasard. Ce fut donc à l'attention de cet homme que
j'adressais mon premier coup de téléphone. Et puis, les
voisins du dessous : ils venaient de rentrer du boulot.
"IN-CRO-YA-BLE : le tirage au sort a été effectué cet
après-midi et il a gagné... un chiot du St Bernard au tonneau,
car c'est, en fait, une Ste Bernadette!".
Comme tout le monde était au courant de sa peur des animaux,
je les entendais rire aux larmes à travers le combiné.
Le frère de mon copain, mis au courant de la manoeuvre fut
absolument ravi de participer à la bonne blague.

Ne restait plus qu'à attendre...

Notre voisin rentra. Et là, nous eûmes droit à une série de crises
de rire mémorable: n'oubliez pas que nous entendions tout ce qui
se passait à côté !
Ca sonnait à tire-larigo: les contacts et le téléphone arabe avait
fonctionné à merveille.

Et puis enfin... Cette façon de sonner et de tambouriner à la porte reconnaissable entre toutes!...

"Ben non, on avait pas vu l'émission ! Ben non, on était au courant
de rien! Un chien ! Mais pourquoi fais-tu cette tête? C'est super,
ça ! Et un St Bernard, en plus ! Bien sûr, ça tient de la place
('faudra même peut-être penser à déménager), mais le jeu en
vaut la chandelle: ils sont rarement dangereux... Enfin, on ne sait
pas trop, mais n'a jamais entendu parlé d'accident grave avec un
St Bernard. Et puis, il pourra te secourir, si tu tombais dans une
crevassse (Ha! Ha! Ha!)... Et bla, bla, bla, et bla, bla, bla!..."

Le pire, c'est qu'on l'a laissé repartir comme ça chez lui, le teint
livide, car son téléphone sonnait...



Il avait bien gagné son invitation
à un bon repas!

Nous attendîmes son retour, pendant que je préparai le moyen
de
me faire pardonner : il allait être drôlement soulagé au
moment où, soit son interlocuteur, soit nous, lui dirions que tout cela n'était qu'une grosse blague !

Qu'est-ce-qu'on allait bien rigoler, tous les trois!

Et notre voisin revint... un large sourire aux lèvres !!!!

Il venait de parler à son père, qui non, n'avait pas eu vent de la
nouvelle : il l'en avait informé.  Sceptique, le père avait, à son tour
contacté un collègue, qui, car celui-ci travaillant dans l'autre équipe, était à la maison ce jour là et devait donc être au fait de ce qui s'était passé au niveau des J.O. . "Manque de bol", le copain avait du s'absenter et n'avait pas pu regarder la TV.
En revanche, les deux copains avaient
pensé que "Pourquoi pas?"
et aussi à un autre truc : le prix d'un St Bernard PURE RACE
devait s'évoluer
à une bonne poignée d'argent ! 
Le père s'était donc empressé de rappeler son fils, pour lui annoncer que, finalement, ce qui semblait être une nouvelle
consternante allait lui mettre un bon morceau de beurre
dans les épinards...
Et, par dessus le marché, notre voisin s'excusait d'avoir
interrompu notre conversation entamée toute à l'heure...

GLOUPS !!!

Ca, j'avais pas prévu !...



LE SOUVENIR DE CETTE BONNE BLAGUE...

... reste gravé de façon cuisante dans ma mémoire.
J'en étais MALADE !

On a quand-même dîné ensemble. Et puis, pour finir, on a
quand-même drôlement bien rigolé.

Je vous l'ai dit : notre voisin était un ours souvent
insupportable, mais il avait vraiment le coeur d'un...
...GROS ST BERNARD !!!
(Et, quand j'y repense, ça devait même être pour ça que le chat
de ses parents ne l'aimait pas !)


- FIN -

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